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Pédagogie centrée sur le sens
La pédagogie centrée sur le sens
L'ensemble de la pédagogie proposée par maïeutis vise l'émergence et le raffermissement de la capacité de chacun à faire du sens. Les assises précédemment présentées en constituent les fondements.
Dans son ouvrage « Compter, raconter, la stratégie du récit, à la recherche du sens dans l'entreprise ... » Ed. Maxima, Dominique Christian explique que si l'homme contemporain pris dans sa réalité professionnelle (voire personnelle) s'efforce de donner du sens à sa pratique en s'appuyant sur des théories qui se veulent explicatives, celui-ci sera bien en peine.
En fait, il a besoin de raconter le réel, de faire du sens dans une dynamique dont il est la dynamo. Comme le disait Françoise Dolto, « le sens est entre les lignes », il se construit en écrivant des mots qui ne sont pas dans le texte.
En environnement complexe, il devient indispensable de savoir lire entre les lignes parce qu'il est plus utile de raconter que de cartographier (D. Christian, sus cité). La narration vise donc à produire du sens ou au moins à créer les conditions pour que les auditeurs comme le narrateur fassent sens de la situation racontée.
Cette émergence du narratif, pour « inexact » qu'il soit, abandonne l'approche scientifique en quête de vérité objective ; elle conduit éventuellement les personnes dans une approche molle empreinte de convictions plus que de faits, ce qui peut induire des dérives fantasmatiques voire mystiques. La quête de sens qui occupe toutes les têtes est porteuse de ce danger. Le mode narratif, s'il est appréhendé comme une méthodologie du sens, propose des repères qui permettent d'échapper au danger de la dérive mystique lorsque l'on cherche du sens (D. Christian, sus cité).
Accompagner par le sens, c'est donc développer chez l'accompagné une pratique narrative, en lui offrant les clés, non pas d'un savoir mais d'une connaissance ; nous pourrions même dire d'une co-naissance, de la naissance d'une histoire qui se nourrit du réel de l'accompagné revisité par ses soins et nourri de la relation qu'il entretient avec l'accompagnant, véritable « tuteur de sens » au même titre que Cyrulnik parle de « tuteur de résilience ».
La pédagogie que propose maïeutis à ses adhérents se réclame de « l'accompagnement par le sens » et vise, entre autres choses, à fournir un ensemble de pratiques qui vont dans cette direction.
Au-delà de la compréhension de la notion de sens comme « l'émergence d'une cohérence dans la conscience individuelle de la personne », nous insistons sur le sens qui émerge de la mise en cohérence de trois réalités proposées par François Varillon , s.j. repris par Vincent Lenhardt ; ces trois aspects sont :
- les valeurs dont se réclame la personne,
- ses objectifs,
- et enfin ses expériences qui renforcent, soutiennent et enrichissent valeurs et objectifs.
Nous avons tous constaté que lorsqu'une personne peut conjuguer en cohérence ses valeurs, ses objectifs et relire son expérience et promesses d'expériences à venir à partir de ses objectifs et de ses valeurs, la vie devient pour elle « pleine de sens » et le terrain, le lieu d'une action profondément motivée.
Cette mise en cohérence exige un travail personnel de relecture et d'identification de ses désirs, de ses blessures, de ses limites.
Ceci est lourd de conséquences au plan collectif : le sens partagé qui se voudrait puissant moteur d'action collective ne peut faire l'économie de l'élaboration individuelle du sens, ne peut faire l'économie d'une parole individuelle qui se formule de façon endogène en regard de la parole collective, par définition exogène.
Ce qui met implicitement (voire explicitement) fin à toute approche de l'action par le sens déclamé, proclamé, quasi incantatoire et dogmatique qui se suffirait à lui-même et qui court-circuiterait ou dispenserait les acteurs de leur expérimentation (voire de leur incarnation) personnelle et individuelle.
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