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Quant à la société...
Contexte sociologique, économique voire entrepreneurial
Le contexte sociologique et économique voire entrepreneurial actuel se caractérise par trois grands phénomènes qui induisent des demandes d'accompagnements de la part des personnes, ces accompagnements devant leur permettre de créer du sens (dans son acception de signification) et ainsi d'éclairer le sens (dans son acception de direction) que ces personnes donnent à leur action :
1. De la société de la névrose à la société de la dépression...
Le premier phénomène décrit par Alain Ehrenberg [1] comme le passage d'une société de la névrose à celle de la dépression induit par le fait que « chacun devient propriétaire de lui-même » . Il explique en effet que dans une société de discipline et d'interdits, chacun se demande ce qui lui est permis de faire. Si rien n'est permis ou plutôt lorsque les interdits ne sont pas intégrés comme porteurs de sens, c'est la névrose qui pointe son nez. Dans une société comme la nôtre, la question n'est plus de savoir ce qui est permis mais bien de savoir ce que la personne est capable de faire et quel est son projet.
Aussi Ehrenberg caractérise-t-il l'individu contemporain suivant les deux lignes de force suivantes :
- la première est la dynamique d'émancipation (« je choisis ma vie »). Encore faut-il que la personne sache quoi choisir !
- et la seconde, celle de l'action (l'initiative personnelle étant sa condition de réalisation).
La dépression est à comprendre, d'un point de vue sociologique, comme la pathologie d'une société où chacun est responsable de sa propre vie.
En effet, ne pas savoir quoi choisir pour sa vie, au-delà de la dimension anxiogène individuelle, est sociologiquement inavouable. Cette société, précise Ehrenberg, n'est autre que celle du malheur intime puisque la seule finalité ayant survécu à la logique d'émancipation et de destruction des modèles pré-établis, est celle d'accéder au bien être. Une société dont l'horizon est le mieux-être ne peut être simultanément et paradoxalement qu'une société du mal-être.
L'accompagnement individuel par le sens est à comprendre comme une réponse à cette quête du « quoi choisir pour vivre dans le mieux-être ? ».
2. Prise en compte de la complexité pour penser le réel...
Le second phénomène est la prise de conscience et l'intégration de la complexité [2] comme un élément incontournable de notre réalité et de notre rapport au monde. Si nous entendons par complexité ce que nous ne pouvons embrasser ni comprendre d'un seul regard et dont les caractéristiques sont l'auto-organisation, une certaine ingouvernabilité, l'indécidabilité et l'incertitude induites, le défi pour chacun est de développer, comme le montre Vincent Lenhardt dans son ouvrage « L'Intelligence collective en action [3] », une sécurité intérieure qui permet à l'individu de prendre de la distance.
Cette distanciation implique la capacité chez la personne de placer du sens au cœur du non sens apparent. Et pour ce faire, elle doit s'interroger sur des thèmes tels que son rapport à l'incertitude, ses systèmes de défenses psychologiques, sa culpabilité et autres aspects comme ses ambivalences, ambiguïtés et paradoxes intérieurs que l'on peut qualifier d'identitaires. Si le chemin de la construction d'une sérénité ontologique n'est pas emprunté dans ces termes, il convient pour le moins que chacun apprenne à raconter ce qu'il « voit » et à se raconter tel qu'il « se voit ».
En effet la complexité donne à voir le réel, non plus comme une image simple et stable, mais comme un système qui se construit, se réinvente et donc se raconte.
3. Des nouveaux besoins au sein de l'entreprise...
Enfin, pour reprendre les propos de Myriem Le Saget [4], le troisième phénomène se caractérise par l'émergence de nouveaux besoins au sein de l'entreprise.
On pourrait qualifier ces besoins de sociologiques : l'entreprise devient lieu d'évolution, de formation, de satisfaction. Aussi bascule-t-on aujourd'hui dans une conception beaucoup plus globale et systémique de l'entreprise dans laquelle l'organisation est celle du réseau.
Désormais, tandis que le collaborateur de l'entreprise veut tout à la fois créer, s'exprimer et s'accomplir dans son travail, les structures qui le dirigent n'ont pas atteint le même degré de maturité. Ce décalage qui se traduit souvent par une grande frustration, encourage le passage à de nouvelles formes d'organisation. Ce passage favorise par ailleurs l'émergence de méthodes de management plus participatives et consensuelles dans lesquelles le sens tient une place majeure et prédominante.
Conclusion
La conjonction de ces trois phénomènes - l'avènement de la société de la dépression, l'intégration de la complexité et enfin l'émergence de nouveaux besoins dans l'entreprise - constitue une tendance lourde actuelle aussi bien d'un point de vue sociologique que dans la dimension personnelle et intrapsychique de l'individu.
Devant la crise de l'intelligence, pour reprendre l'expression d'Edgar Morin et le titre de l'ouvrage de Crozier, à laquelle nous sommes confrontés, l'accompagnement dans son sens le plus large du terme devient une démarche classique, parce qu'envisageable et même avouable.
Dire que l'on va voir son coach, son « psy », voire son accompagnateur spirituel n'est plus identifié comme un signe de maladie ou de faiblesse mais au contraire comme une démarche responsable ou, pour le moins, courageuse en ce qu'elle vise à générer du sens, de la capacité à comprendre.
Il ne s'agit pas pour nous de dire que l'accompagnement est le seul espace qui permette à l'homme de trouver du sens à sa vie. Ce serait parfaitement réducteur. Mais c'est une approche qui peut aider en ce qu'elle favorise l'émergence du sens et dynamise ainsi la personne dans son unicité personnelle et professionnelle.
Telle est notre conviction.
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[1] Cité par Alain Ehrenberg (sociologue qui étudie l'individu contemporain dans sa difficulté en tant qu'être social), dans l'article « Nous sommes dans une culture du malheur intime », Libération du 21 et 22 avril 2001.
[2] Nous renvoyons au livre de Dominque GENELOT « Manager dans la complexité », Editions Insep, pour une définition exhaustive des éléments relatifs à la complexité ; notamment les trois premiers chapitres.
[3] L'Intelligence collective en action, Vincent Lenahrdt et Philippe Bernard, Village Mondial, 2005.
[4] Le Manager intuitif, Dunod 1999.
