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Éditorial : Peut-on penser le management du futur ?

Peut-on penser le management du futur ?

Dans une période de mutation tous azimuts, est-il possible de construire de nouveaux points de repère pour marcher vers demain ?

Un des problèmes majeurs que l’on rencontre lorsqu’il s’agit de changer de paradigme (ensemble des croyances, valeurs, représentations, etc.) pour construire une nouvelle façon de penser est qu’il est très délicat de ne pas se référer à ce que l’on connaît déjà. Ce n’est pas une histoire de mauvaise volonté, c’est ainsi que le cerveau fonctionne. À moins d’une inspiration créatrice, comme un saut quantique, issu de son inconscient abyssal, l’être humain fait souvent du neuf avec du vieux. Il en est ainsi avec le management.

Gary Hamel signait en 2007 l’ouvrage « La fin du management, ou inventer les règles de demain » (Edition Vuibert) dans lequel il montrait comment l’innovation managériale était autant nécessaire que l’innovation technologique pour répondre aux mutations du monde de l’entreprise et du monde tout court.

Il y préconise « une refonte complète, drastique, de l’édifice vermoulu de principes, de processus et de pratiques du management actuel ». Cette refonte, il l’a nommée le chemin vers « le management 2.0 », à l’image de la technologie du Web qu’on dit 2.0. L’enjeu, dit-il, de l’innovation managériale est d’abord d’amplifier puis d’agréger l’effort humain de manière à permettre aux personnels de réaliser ensemble ce qu’ils n’auraient jamais pu réaliser seuls. Il rappelle notamment que dans les années 90, le Web 1.0 n’était guère qu’une collection géante de pages Internet statiques. Au XXIème siècle, le Web 2.0 se construit autour de nouvelles « architectures de participation […]. L’anatomie sociale du Net est un réseau où tout le monde est (potentiellement) connecté à tout le monde. Ici les processus de contrôle et de coordination horizontaux se substituent aux processus verticaux ».

De telles mutations managériales ne peuvent se faire sans un accompagnement qui n’est pas uniquement technologique. Il ne suffit pas de donner des outils, voire des structures organisationnelles 2.0 pour que les mentalités sachent comment passer de processus verticaux à l’interdépendance qui exige la parité entre acteurs et l’intégration de processus circulaires et horizontaux.

Nous proposons dans la lettre trimestrielle de printemps 2014 de l’institut maïeutis quelques articles de fond qui poursuivent la réflexion en matière de management, de gestion des hommes, de leadership, autant d’aspects qui se trouvent pris dans la dynamique de changement actuel.

Jérôme CurnierLe premier article aborde les questions liées à la dynamique de changement au sein des entreprises. L’expérience de Renault Trucks Volvo est, à cet égard, particulièrement intéressante. Je m’inspire de leurs travaux et de leurs écrits pour en rendre compte.

 

Philippe RégidorPhilippe Régidor, témoin, acteur et accompagnant du changement au sein de grandes structures propose une réflexion qui vise à répondre à la question suivante : devenir et être manager, cela s’apprend-il ? Au-delà de la réponse que d’aucun considèreront évidente, cet article nous apporte une réflexion structurée sur les différents niveaux logiques de Bateson/Dilts.

Jocelyne LemarchandLe troisième article montre comment le cheval permet de révéler et de travailler son leadership. Nous voyons ainsi combien la posture juste à développer est un équilibre entre douceur, détermination et autorité. Jocelyne Lemarchand, coach, consultante et formatrice, passionnée d’équitation et propriétaire de chevaux nous parle de sa pratique d’animation de ces séminaires managériaux d’un autre type.

Marie-Rachel JolivetLes 12 travaux d’Hercule ont ceci de spécifique qu’ils paraissent insurmontables et sans fin. Marie-Rachel Jolivet présente ici un troisième travail du demi dieu, comme métaphore managériale (les dieux du management). L’épisode mythologique du nettoyage des écuries d’Augias demande un minimum d’expérience mais aussi et surtout des capacités d’innovation pour résoudre avec élégance un problème réputé insurmontable.

Bruno CurnierEn Asie, nombre de managers et dirigeants succombent à l’addiction de l’alcool ou des narcotiques, notamment pour gérer le stress. Nous poursuivons notre cheminement d’accompagnement auprès des Alcooliques Anonymes. Bruno Curnier rend compte ici avec beaucoup de justesse et de profondeur de l’accompagnement qu’il mène auprès de l’un d’entre eux, manager et dirigeant côté pile, toxicomane côté face…

Comme toujours, nous vous remercions de vos feedbacks. Ils sont pour nous des encouragements pour poursuivre ce travail de fond de vulgarisation et d’enrichissement de nos paradigmes pour répondre aux mutations que nous traversons. En vous souhaitant bonne lecture.

Jérôme Curnier, fondateur de l’institut maïeutis

La dynamique du changement

La dynamique du changement

Voilà dix ans que j’interviens auprès des services de Renault Trucks AB Volvo en matière d’accompagnement au titre de coach et de formateur (depuis 2004) puis de superviseur des coachs internes (entre 2005 et 2012). Dès le début des années 2000, cette entreprise s’est résolument investie dans des démarches d’accompagnement du changement, en prenant en compte les dimensions humaine et managériale comme facteurs clés de réussite. Ces presque 15 années de développement les ont conduits à construire et à capitaliser best practices et autres outils du changement avec une réflexion de fond dont je m’inspire ici pour présenter la dynamique du changement en entreprise…

Devient-on manager?

Devient-on manager ?
par Philippe Régidor, invité de l’institut maïeutis pour cette contribution

La posture de manager est-elle innée ou s’acquière-t-elle ? Voilà que surgit de nouveau l’éternelle bataille entre l’inné et l’acquis !

Pour tenter de répondre à cette question, je pourrais centrer ma réflexion sur ma propre expérience de manager, ou bien sur ma posture de formateur qui mesure depuis longtemps la limite des formations « Outils ». Ou bien encore sur ma pratique de coach qui tente de comprendre et de résoudre les différents niveaux de blocage que rencontrent les managers de tous niveaux dans leurs pratiques au quotidien.

Leadership et équitation, « le cheval révélateur », par Jocelyne Lemarchand

Leadership et équitation,
« le cheval révélateur »

Un jour, l’enfant aperçut le cheval. Instantanément la fascination le saisit. Il sut que cette créature était l’expression même de la beauté. Un désir l’envahit : celui de ne pas le quitter des yeux, de se nourrir de sa magnificence. Il eut envie de s’en approcher, de lui monter sur le dos, de goûter à la vitesse, la puissance, à la complicité, au jeu, …

Il s’interrogea sur un thème sur lequel il ne mettait pas de mots : comment devenir complice de cet animal et en obtenir ce qu’il voulait ?

Il se retrouva dans un poney club, où une jeune et jolie monitrice lui confia la longe d’un poney en lui proposant de l’amener là où les autres poneys étaient préparés pour le cours. Le poney et l’enfant se regardèrent brièvement, l’enfant tira sur la longe, … et le poney aussi ! L’enfant tira plus fort, en vain. L’enfant semblait se figer. Cependant à l’intérieur, il était en proie à de fortes sensations, émotions, et remue-méninges …

Que vous évoque cette situation ? Quelle conclusion tirez-vous ?

Les Dieux du Management ou quand la mythologie donne du sens à nos pratiques managériales : les écuries d’Augias

Les Dieux du Management ou quand la mythologie donne du sens à nos pratiques managériales,
par Marie-Rachel Jolivet

Aujourd’hui : les écuries d’Augias

« Les Dieux du Management – Parcours Dolomite » est le nom donné au cycle de formation que j’ai créé avec Michel Ganansia, inspiré par les travaux d’Hercule[1]. Ce parcours de quatre cycles de six jours (comportant chacun trois travaux) s’adresse à des managers jeunes et/ou déjà confirmés. Pour plus de détails se reporter à la description dans le site de l’institut maïeutis.

Dans la lettre trimestrielle de septembre 2013, j’évoquais la première mission d’Hercule qui consiste à confronter le Lion de Némée. Ce travail appartient au cycle « Les personnalités difficiles ». En janvier 2014, j’abordais l’Hydre de Lerne, qui appartient au cycle « Les situations conflictuelles ». Voyons aujourd’hui comment il se sort d’une tâche ingrate : « nettoyer les écuries d’Augias », qui appartient au cycle « Résolution de problèmes ».

Nettoyer les écuries d’Augias : bonne nouvelle ! Votre héros sait faire autre chose que de tuer des monstres ! Dites-moi, ce travail-là est bien connu, mais je ne sais pas ce qu’il a fait ni en quoi ces vertus ménagères vont être utiles au manager exemplaire que je souhaite devenir ?

Témoignage sur la sortie de l’addiction de l’alcoolisme

Témoignage sur la sortie de l’addiction de l’alcoolisme, par Bruno Curnier, responsable de l’institut à Hong Kong et Peter, dirigeant et consultant.

Habitant depuis maintenant neuf ans à Hong Kong après avoir résidé 20 ans à Londres, j’ai vendu il y a quelques années l’entreprise de consulting en finance internationale que j’avais fondée en Angleterre et dont j’avais ouvert une succursale en Asie. Mon désir de réorienter ma carrière vers le consulting relationnel et humaniste devenait de plus en plus fort et je ne parvenais plus à me mobiliser dans une activité dont le fin mot était l’argent. Pour donner corps à cette réorientation, j’ai suivi la formation d’accompagnant (coach) en milieu professionnel que propose l’institut maïeutis et j’ai ouvert l’enseigne de l’institut en Asie.

Éditorial Janvier 2014

jerome curnierOuvrir cette année 2014 avec la lettre trimestrielle de l’institut maïeutis que nous avons nommée il y a 18 mois « Transition » me semble « coller » avec le calendrier. Au moment où nous passons le cap d’une nouvelle année certains se plaisent à échanger des vœux, expressions de désir et d’espoirs de renouveau, d’engagements et de résolutions. D’autres boudent cette tradition, car ils y voient une expression conventionnelle qui a perdu de sa sincérité et donc de son sens. Quoi qu’il en soit, la fin de l’année et le début de la suivante sont culturellement, ne serait-ce qu’en Occident, bercés par la fête chrétienne de Noël et celle de l’Épiphanie.

Même si elles n’éveillent pas pour tous une dimension spirituelle investie, elles nous rappellent néanmoins que la culture occidentale s’enracine profondément dans cette référence à la naissance du Christ et donc à une certaine conception de l’être humain : celle qui manifeste la naissance spirituelle intérieure propre à chaque Homme. Il s’agit d’une naissance essentielle, inaliénable, non pas tant selon le dogme de telle ou telle confession religieuse mais plutôt au plan de l’ontologie : l’Homme est un être spirituel.

Nous vous proposons donc dans ce numéro de « Transition » d’ouvrir cette année avec des articles qui traitent de deux aspects : la dimension spirituelle de l’humain et des chemins de guérison intérieure et ‚le recours aux mythes et symboles pour entrer dans une compréhension plus profonde du sens de la vie et de la façon de s’y comporter. Il ne s’agit pas dans ces quelques pages de couvrir ces sujets inépuisables mais d’offrir quelques pistes de réflexion et de donner de la chair à la réalité dépeinte par Frankl : « au cœur de l’homme, une quête insatiable de sens ».

Premier thème : en Occident, le mot spiritualité n’a pas forcément bonne presse. Il est chargé pour la plupart d’entre nous de multiples représentations et fait écho à plusieurs traditions souvent mal connues, parfois mal digérées. Mais lorsqu’il est accueilli, il va souvent être lié à celui de guérison intérieure.Cette dernière (avant que d’être extérieure) provient en partie d’une transformation du regard que nous portons sur nous-même, sur les autres, sur le monde et sur la vie. Trois articles vous sont proposés :

 

 

 

Deuxième thème : la voie des mythes et des symboles pour donner du sens plus profond à ce que nous vivons, qu’il s’agisse aussi bien de nos vies privées que de nos vies professionnelles. Nous vous proposons deux articles :

 

Sachez aussi que vos feedbacks sont toujours les bienvenus ainsi que vos encouragements pour poursuivre ce travail d’écriture… J Très belle année à vous, riche en expériences intérieures et extérieures… et bonne lecture !

Jérôme Curnier, fondateur de l’institut maïeutis

 

La sagesse : Guide spirituel en psychologie chinoise par Jocelyne Lemarchand, adhérente de l’institut…

jocelyne-lemarchand

Comme toute psychologie, Xin Li, Psychologie Chinoise, repose sur une conception de l’être humain, autrement dit une anthropologie. Lorsque l’Homme vivait dans des cavernes ou des huttes, il y a 4000 ans, est né le Taoïsme originel, celui qui a apporté non seulement une vision de l’humain, mais aussi du « Tout ».Comment l’appeler autrement ? Le Tao, l’Homme dans le Tao, le Tao dans l’Homme, indissociables. Nous pouvons aisément imaginer les questions que se posaient ces Hommes sur la vie, son sens, autour du feu et sous la voûte céleste. Il semble que cette philosophie taoïste se soit orientée sur le comment – bien – vivre.

Pour répondre à la question du comment de l’existence, la vie serait la réunion de la matière inerte et de son animation. La mort serait leur désunion. Telle la vague, l’eau et le mouvement, qui se séparent sur la plage, l’heure venue. Il n’y aurait ni début ni fin, mais des cycles. Le Tao que l’on pourrait nommer ne serait pas le Tao véritable. (chapitre 1 du Tao Te King).

Les principes du Taoïsme originel se retrouvent dans la culture, la philosophie, les religions, les pratiques, les médecines des peuples orientaux. Vivre en harmonie, en soi et avec le Tao est l’objet de la quête du « bien-être »… Comment être en bonne santé, comment être heureux : en développant sa fluidité énergétique.

Commençons simplement : ce qui me maintient en vie sont un certain nombre de fonctions vitales, comme la respiration par exemple.

Avez-vous remarqué que votre respiration peut être fluide, ou au contraire en partie étouffée, voire bloquée ; simultanément et en général mes épaules le sont aussi, et/ou mon ventre. Si je rends plus « fluide », plus ample, plus profonde, ma respiration – sans forcer- je vais en quelques cycles vivre une forme de détente, de fluidification énergétique. Inversement, lorsque nous ressentons la sérénité, ou lorsque nous allons marcher en forêt, ou écoutons certainesmusiques, notre respiration devient plus fluide, apaisée. En cela le corps et l’esprit sont interdépendants. Ceci s’applique à chaque fonction, chaque part de nous, système ou composant.

ying-yangÊtre en bonne santé, tout comme être heureux est l’expression de notre harmonie, de l’équilibre du Yin et du Yang… Nous connaissons le symbole de cet équilibre : deux apostrophes s’imbriquant parfaitement pour composer un cercle, chacune contenant pleinement l’autre … Être fluide, c’est être en équilibre, en harmonie.

L’homme repose sur un équilibre entre le corps, l’esprit et la conscience. C’est la relation entre les trois composantes, ou les difficultés de ces relations qui vont définir ou s’opposer à l’équilibre, ou à la fluidité énergétique de la personne.

L’homme est doté d’instincts, et de différentes facultés, mentales, sensorielles,émotionnelles, …interdépendantes.

Les facultés mentales sont au nombre de douze :

  1. L’intelligence (qui s’exprime sous ses différentes formes : analytique, synthétique, globalisante, réductrice, ou expansive).
  2. La mémoire.
  3. La pensée (il existe trois formes de pensées : active, passive, méditative).
  4. La programmation.
  5. Le réalisme.
  6. L’imagination.
  7. La créativité.
  8. L’espoir.
  9. La volonté.
  10. La prise de décision.
  11. La concentration.
  12. La dissociation volontaire (déconnexion mentale souhaitée vis-à-vis d’une situation).

Les facultés sensorielles au nombre de cinq (+ deux)

  1. La vue
  2. Le goût
  3. L’ouïe
  4. L’odorat
  5. Le toucher
  6. (La parole
  7. L’intuition)

Les émotions au nombre de cinq :

  1. La joie
  2. La colère
  3. La peur
  4. Le souci
  5. La tristesse

Aucune de ces facultés n’est bonne ou mauvaise. Chacune d’elle s’exprime avec justesse ou non. Équilibrée, elle sera énergétiquement nourrissante. Déséquilibrée, elle s’exprimera en excès, ou en manque. Par exemple, la joie exprimée en excès (excitation) est déséquilibrée, la tristesse juste est la porte de la compassion. De même, l’utilisation excessive d’une faculté mentale, et inappropriée à la situation, amène à un déséquilibre, et à une piètre intégration dans le Tao.

Nous naissons avec ces facultés, et les développons plus ou moins, selon notre « ciel antérieur » (nous parlerons de partie innée pour simplifier), et notre ciel postérieur (notre vécu dès l’activation de notre sensorialité), à travers notre exposition, nos relations, nos pratiques…

Notre personnalité se construit, des programmes mentaux se mettent en place. Autour de notre noyau de personnalité, se construit une « nébuleuse d’adaptation », qui nous permet, dans le meilleur des cas, de vivre en harmonie avec notre environnement. Parfois se construisent des programmes mentaux qui nous font inlassablement répéter des enchaînements, qui ne nous sont pas toujours favorables, laissant de côté les facultés qui nous permettraient de reprendre la main sur notre vie et de trouver notre équilibre.

A ce stade, nous pouvons retenir que nous sommes très équipés, mais développons, par exposition, par éducation, culture, don, certaines facultés plus que d’autres, La Psychologie Chinoise se propose d’être un support pour ré-équilibrer en conscience l’ensemble de notre personnalité. Elle ne propose pas d’emblée d’attaquer ces programmes mentaux, mais de construire d’abord un équilibre en développant ce qui est énergétiquement constructif, et en aidant, à travers un modèle généreux, à renforcer certaines facultés qui ont été sous développées ou oubliées. Ce rééquilibrage apporte un regain énergétique.

Se retrouver face à une cinquantaine, voire une centaine de facultés et concepts n’est guère pratique dans la vie quotidienne ! Quelle carte dois-je jouer ? Accéder spontanément à ces facultés, repose d’une part sur des exercices respiratoires, méditatifs, … et d’autre part sur la pratique de la Sagesse. La Psychologie Chinoise Xin Li nous invite à nous inspirer de douze Vertus de la Sagesse, guides de perception, de réflexion, d’actions, de méditation…

Nous pouvons choisir de développer en conscience et dans nos actes cette sagesse, à travers ces Vertus :

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  • Qian, l’Humilité, est le fondement de la conscience humaine. Support du réalisme, du regard sur soi et sur le monde, elle est la porte du discernement. Contrairement à l’orgueil, elle autorise une communication réelle, une estime de soi, et un respect des autres et de l’environnement.
  • Ren, la Bonté, est la capacité à se rapprocher de l’essence de chaque être. Elle est une expression d’Amour. Elle est l’ouverture à l’autre, dans le don (de soi, dans sa capacité à donner), et dans l’abandon (de soi, dans sa capacité à recevoir). Elle apporte la dignité, celle du pouvoir de recevoir. Elle rapproche les hommes, en abaissant les barrières des différences. Elle est servie par la générosité.
  • Ci, la Compassion, est la clef de l’aide à autrui. S’appuyant sur la bonté, la conscience et la compréhension et la sérénité. Elle permet de ressentir la souffrance d’autrui, sans en être affecté. Elle nécessite Amour et détachement, une cohésion à soi-même, et est prodiguée avec attention, délicatesse, discrétion et humilité. Appliquée à soi elle est la base de son propre développement.
  • Zun, le Respect, est la reconnaissance du Vivant et de chaque Être. Il est humilité et bonté, mais aussi justice et conscience. Chaque être est respectable, et c’est dans ses agissements que s’exerce le Respect ou son manque. C’est dans mes actes que j’entraîne cette Vertu.
  • Heng, la Justesse est la position qui permet d’être, de faire, de dire dans le Juste. C’est la juste place dans le Tao, dans l’infini et dans l’ici et maintenant, la juste perception, sans interprétation, la fluidité de l’Être dans son environnement. Elle permet la croissance harmonieuse.
  • Rao, le Pardonest une richesse pour celui qui pardonne et celui qui est pardonné. Il est lié à l’impermanence, il lie le passé, le présent, et le futur dans une conscience réparatrice et libératrice.

 

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  • Guan, la Contemplationest l’art d’accéder à la conscience par l’attention admirative. Elle donne accès à l’union de la sensorialité et de la spiritualité. Elle nourrit le corps, l’esprit et leur cohérence, et est un apport en énergie, qui enrichit la pensée, le discernement, le lien à la réalité subtile.
  • Yi, la Gratitudeest la conscience du don de la Vie. Notre individualité repose sur ce que chaque environnement et ce que chaque être rencontrés nous offrent. La gratitude est l’expression d’un juste retour envers celui qui a donné. Elle stimule la conscience et l’intérêt entre les êtres. Elle procure un sentiment qui fait étinceler chaque être.
  • Yong, le Courageest la dynamique nécessaire à la transformation qu’il permet de chevaucher. Il amène à l’action sage, complète la prise de conscience, il est force de vie, et de matérialisation.
  • Qiu, la Curiositéest l’instinct, l’esprit libre, pétillant, qui accède à la nature de l’homme et de l’Univers. Elle permet la découverte, l’apprentissage, la créativité, et repousse les frontières de la connaissance et de la Sagesse.
  • Mo, l’Humourvéritable, nourrit (nous-rit !) la prise de recul, l’accès à la détente de l’esprit et du corps. Il est un extraordinaire véhicule de la relativité, et nous permet d’aborder avec une sérénité bienveillante, les situations les plus complexes, comme nos petits tracas.
  • Xin, la Confiance, fruit de toutes les autres vertus est l’absolu lâcher-prise. Elle permet de construire les liens entre les hommes, basés sur les échanges responsables, fondements des réalisations les plus magnifiques. Elle permet ainsi la réalisation d’un objectif en autorisant l’expression des facultés nécessaires, dans un équilibre intuitif.

sagesse-chinoiseIl s’agit de sujets de méditation, d’axe de recherche d’équilibre et d’inspiration. À nous de savoir nous appuyer sur ces Vertus, dans l’ici et maintenant, dans l’infini du temps et de l’espace, etde dessiner nos propres « comment » … sagement, sans manque et sans excès, dans l’auto-compassion. C’est ainsi que nous nous développons, peu à peu, tranquillement, en tant qu’être unique et relié, dans une personnalité la plus rayonnante.

RÉFÉRENCES BIBLIOGRAPHIQUES

  • Michel Deydier Bastide : La Psychologie Chinoise
  • Marcel Granet : La pensée Chinoise
  • Daniel Coleman : Quand l’esprit dialogue avec le corps, Entretiens avec le Dalaï Lama
  • Rick Hanson, Dr Richard Mendius : Le cerveau de Boudha

ACCOMPAGNER LA SORTIE DE L’ADDICTION, PAR BRUNO CURNIER, ADHÉRENT DE L’INSTITUT

bruno-curnierAu cours de mon expérience de coach je me trouve dans une mission qui me fait découvrir un nouveau chemin vers l’autonomie de la personne.

Un de mes clients que nous appellerons Peter m’a récemment révélé qu’il suivait un parcours pour se libérer de sa dépendance à l’alcool et à la drogue.

Peter est membres de deux associations, Alcooliques Anonymes (AA) et Narcotiques Anonymes (NA) à Hong Kong. Il a accepté de me faire partager le chemin proposé par ces associations aux personnes souffrant d’addictions. La démarche se fonde sur un processus en 12 étapes élaboré par les fondateurs des Alcooliques Anonymes. Comme je le signalais dans le précédent numéro de transition, j’habite Hong Kong et ce lieu propose un mode de vie très particulier dans lequel il est très facile de se laisser aller à certains excès, tout d’abord évalués comme sans conséquences mais qui rapidement peuvent conduire à un véritable esclavage, celui de la toxicomanie.

Avec l’accord de Peter, je propose une série d’articles dans laquelle je présenterai son cheminement de retour à une vie libre de ses dépendances de toxicomane[1].Le coaching que j’ai contractualisé avec lui tient compte de ce cheminement et participe à sa réorientation de vie.

Dernier avertissement avant de marcher à la suite de Peter : mon propos ne vise pas à promouvoir l’association des Alcooliques Anonymes (ce qui serait d’ailleurs contraire à leurs règles), mais plutôt à montrer comment, du plus profond de l’isolement et de la souffrance que les toxicomanes endurent, ils peuvent retrouver dignité et bien-être. Dignité et bien être auxquels la plupart d’entre nous,libres de co-dépendance, aspirent d’ailleurs !

Le parcours de Peter, comme nous le verrons, relève d’une véritable conversion puis guérison du cœur : chemin d’autonomisation par « la grâce du désespoir ».

A L’ORIGINE DES ALCOOLIQUES ANONYMES

Bob Smith & Bill WilsonLes AA débutèrent en 1934 lorsque deux alcooliques, Bill Wilson et Dr Bob Smith, lièrent leurs destins dans leur lutte commune contre leur dépendance à l’alcool. Tous deux étaient considérés comme incurables par la médecine et la psychiatrie et celles-ci les avaient déjà condamnés à une mort très proche. Mais par leur soutien mutuel et l’aide d’un autre ami alcoolique, qui était resté sobre grâce à un groupe religieux traditionnaliste (l’Oxford Group), ils réussirent à gagner du terrain sur leur dépendance.

programme-aaBill W et Bob S. conçurent progressivement un programme qui permet à quiconque souffre d’alcoolisme (ou de toute autre addiction chimique, comportementale, etc.) de revenir à la vie, libre de l’esclavage dont ils ont souffert. Un des fondements et leviers d’action de leur démarche est précisément le soutien mutuel. Ce programme, la manière de le conduire et le cheminement de Bill et Bob ont donné lieu à un livre (appelé « le Gros Livre ») rédigé par Bill Wilson, « Alcoholics Anonymous » qui constitue le texte fondamental de l’association « Alcooliques Anonymes ».

UN PROCESSUS EN 12 ÉTAPES

Les douze étapes des AA pour se soigner puis se guérir de la dépendance sont les suivantes :

  1. Nous avons admis que nous étions impuissants devant l’alcool – que nous avions perdu la maîtrise de notre vie.
  2. Nous en sommes venus à croire qu’une Puissance supérieure à nous-mêmes pouvait nous rendre la raison.
  3. Nous avons décidé de confier notre volonté et notre vie aux soins de Dieu tel que nous Le comprenons.
  4. Nous avons procédé sans crainte à un inventaire moral approfondi de nous-mêmes.
  5. Nous avons avoué à Dieu, à nous-mêmes et à unetierce personne la nature exacte de nos torts.
  6. Nous étions tout à fait prêts à ce que Dieu élimine tous ces défauts.
  7. Nous Lui avons humblement demandé de faire disparaître nos défauts.
  8. Nous avons dressé une liste de toutes les personnes que nous avions lésées et nous avons consenti à réparer nos torts envers chacune d’elles.
  9. Nous avons réparé nos torts directement envers ces personnes dans la mesure du possible, sauf lorsqu’en ce faisant, nous risquions de leur nuire ou de nuire à d’autres.
  10. Nous avons poursuivi notre inventaire personnel et promptement admis nos torts dès que nous nous en sommes aperçus.
  11. Nous avons cherché par la prière et la méditation à améliorer notre contact conscient avec Dieu, tel que nous Le concevons, Lui demandant seulement de connaître Sa volonté à notre égard et de nous donner la force de l’exécuter.
  12. Ayant connu un réveil spirituel comme résultat de ces étapes, nous avons alors essayé de transmettre ce message à d’autres alcooliques et de mettre en pratique ces principes dans tous les domaines de notre vie.

 

COMMENT DÉCIDE-T-ON D’ALLER À ALCOOLIQUES ANONYMESOU NARCOTIQUES ANONYMES ?

alcoholics-anonymousA posteriori les membres d’AA se plaisent à dire qu’ils ont reçu « la bénédiction du désespoir ». Le philosophe anglais William James observe[2] en effet que la plupart des transformations ou conversions spirituelles naissent au cœur même du désespoir. A un certain point de leur maladie le toxicomane a « touché le fond ». En coaching ou en thérapie, on parlerait du désir de changement ou encore du désir du désir du changement (parce que le désespoir peut faire perdre toute forme de désir !).

La douleur et la détresse causées par l’addiction sont devenues insupportables et le malade est maintenant prêt à tout pour ne plus avoir à souffrir de la sorte. Fréquemment, avant d’en arriver là, ce malade aura « tout essayé ». Il se sera promis et aura promis à son entourage à maintes reprises qu’il allait arrêter de consommer ces substances nocives. Malheureusement en vain. Chaque échec renforçant alors le rejet de soi-même, la séparation d’avec ses proches, le rejet par l’environnement et donc le renforcement de l’isolement et d’autres émotions douloureuses. Tous les alcooliques et toxicomanes en réhabilitation parlent de leur extraordinaire capacité à se mentir à eux-mêmes et aux autres. En général cela commence par l’illusion très persistante que seuls les autres ont un problème : quand bien même ce malade a déjà perdu famille, travail, domicile, argent, santé, respect il affirmera que seuls les autres sont alcooliques ou sont drogués !

LA PREMIÈRE ÉTAPE : « NOUS AVONS ADMIS QUE NOUS ÉTIONS IMPUISSANTS DEVANT L’ALCOOL – QUE NOUS AVIONS PERDU LA MAÎTRISE DE NOTRE VIE. »

De nombreux centres de désintoxication ont adopté le processus des 12 étapes dans leur approche médicale. Dès le début de la désintoxication, on présente aux patients le contenu de cette première étape. Bill W recommande d’ailleurs de capitaliser sur cette période de capitulation dans laquelle se trouve le toxicomane.

Lorsque le malade ou toxicomane va à une première réunion des AA ou s’inscrit dans une démarche de désintoxication, cela ne veut pas pour autant dire qu’il a fait sien l’assertion de la première étape du processus, à savoir qu’il a perdu le contrôle de sa vie. Les maladies de co-dépendance chimique ou psychologique sont tellement sournoises qu’il est fréquent qu’à la rémission des douleurs physiques de son addiction se substituent celles du sevrage, et que le toxicomane rechute de façon plus dramatique encore.

vinsAdmettre son impuissance et la perte de maitrise de sa propre vie est terriblement difficile, voire impossible pour certains. Les toxicomanes qui n’arrivent pas à franchir ce premier pas ne seront libérés de ce fléau que par la mort, suite irrémédiable de leur addiction. L’acceptation de cette impuissance est rendue parfois difficile à ceux qui ont été éduqués sous le régime d’un message contraignant tel que « Sois fort devant l’adversité » (formulation bien connue des Transactionnalistes). Or c’est le cas de nombre d’entre nous.

L’honnêteté constitue la cheville ouvrière de cette étape initiale. C’est elle qui donne accès à la liberté. En admettant qu’il est toxicomane et en s’engageant à l’honnêteté celui-ci s’ouvre un chemin du possible. Or la plupart des toxicomanes abstinents depuis un certain temps racontent combien, lors de leur première réunion,ils se sentaient différents des autres participants qui expliquaient leur vie d’alcooliques. Moyen détourné de ne pas se reconnaître toxicomane.

Ce n’est qu’après un certain temps que le toxicomane cesse de rechercher les différences entre sa situation personnelle et celle des autres. Avec l’aide, le support et les protections mises en place par les autres participants, le nouveau malade est encouragé à avoir une écoute active, recherchant les points communs, les similarités entre le vécu des autres et le sien propre. Arriveprogressivement le temps où ce nouveau membre annonce de façon publique qu’il ou elle a enfin accepté et reconnu sa condition de toxicomane.

Cette étape est éminemment intérieure. Le toxicomane cesse de vivre dans son monde d’illusions et de leurre. Progressivement, en reconnaissant chez les autres les mêmes pensées, les mêmes difficultés, les mêmes craintes et les mêmes symptômes que les siens, le toxicomane apprend à être honnête avec lui-même et son entourage. Pour certains ce processus est rapide, voire immédiat alors que pour beaucoup d’autres, cette phase est longue. Fréquemment le malade doit s’y reprendre à plusieurs fois pour enfin cesser le combat du déni. Ceux-là mêmes avouent plus tard qu’ils avaient initialement trouvé et jugés les autres toxicomanes comme des êtres faibles voire lamentables, jusqu’à ce qu’ils admettent être eux aussi de simple toxicomanes. Telle est la grâce de la « bénédiction du désespoir » !

Le but de cette première étape est d’établir de solides fondations pour que le traitement puisse réussir. C’est à l’issue de ce travail initial voire initiatique que la honte et la culpabilité commencent à lâcher prise et que la personne redevient responsablede son traitement et capable de le gérer par lui-même. Au même titre qu’un diabétique ne pourra jamais ignorer le danger mortel qui le guette s’il n’assume pas lui-même son traitement, l’alcoolique ne sera jamais libre de l’alcoolisme et il devra gérer sa condition avec honnêteté et responsabilité. Le toxicomane doit admettre définitivement qu’il ne pourra plus jamais consommer d’alcool ou de drogue sans perdre le contrôle.

La comparaison entre diabétiques et alcooliques s’arrête là du fait de la différence de perception marquée dans la psyché collective de ces deux maladies.

Dans le cas de Peter, cette première étape a engendré des changements visibles. Son rythme de parole a baissé, sa combativité a diminué, son autocritique s’est réduite et lorsqu’elle resurgissait, elle était moins agressive et moins condamnante. Peter avoue son grand soulagement malgré les sensations physiques et psychologiques de sevrage dont il a souffert pendant plusieurs semaines.

QUELQUES COMMENTAIRES EN GUISE DE CONCLUSION DE CE PREMIER ARTICLE

La lecture des 12 étapes du processus donne à voir combien le mode de traitement suggère une approche spirituelle. Pour autant, celle-ci ne se réclame d’aucune confession religieuse. Cet aspect est de première importance et sera approfondi au fil des articles. La première étape est d’une importance capitale, essentielle, essence – ciel, si je peux me permettre ce jeu de mot : elle relève de l’essence même du ciel : elle n’est accessible qu’à celui qui accepte une conversion, un retournement. Ce retournement est construit autour de trois axes :

  • la reconnaissance fondamentale d’une forme d’impuissance à s’en sortir seul,
  • le renoncement à se prétendre différent des autres toxicomanes. Le déni initial du toxicomane repose sur une forme de prétention mais surtout sur la peur de se reconnaitre aussi mal en point que les autres,
  • le lien inaliénable entre les hommes : lorsque l’un s’en sort, il devient tuteur de résilience pour son congénère, lequel peut marcher à sa suite.

Lors du prochain article, je poursuivrai la démarche des 12 étapes en insistant sur la deuxième étape qui constitue un acte de foi presque incompréhensible pour les athées : que le désespoir puisse amener la personne à croire qu’« une Puissance supérieure à nous-mêmes peut nous rendre la raison ».

BIBLIOGRAPHIE ET NOTES

  • Alcoholics Anonymous Big Book Explained – The 12 Step Recovery Program Revealed in Today’s Language
  • « The Varieties of Religious Experience: A Study in Human Nature », William James
  • Au XXIème siècle, les AA sont présents dans 162 pays et plus de 100 000 groupes rassemblent environ 2 millions de membres. En 2011 on dénombrait en France 591 groupes fréquentés par environ 7 000 membres selon un sondage. Anonymat oblige, le mouvement ne tient pas de fichier de ses membres.
  • Site des Alcooliques Anonymes en France : http://association.118000.fr/

[1] J’utilise à sa suite le terme de toxicomanie pour inclure toute maladie résultant de comportements de co-dépendance que ce soit à l’alcool ou à tout autre substance.
[2] In “The Varieties of Religious Experience: A Study in Human Nature”

LES ÉTAPES ET PROCESSUS DE DEUIL – ÉLÉMENTS THÉORIQUES, PAR JÉRÔME CURNIER, FONDATEUR

jerome-curnierDe très nombreux ouvrages traitent des processus de deuil. La plupart d’entre nous a maintenant, sinon intégré, au moins entendu parler des cinq étapes proposés par Elisabeth Kübler Ross du déni, de la colère, du marchandage, de la tristesse et de l’acceptation. Ces cinq étapes correspondent à la dynamique psychologique que traverse l’être humain en face d’une perte. Mon propos est d’aller plus avant dans la description de ces processus en y adjoignant mes propres recherches en la matière…

AVANT LE DEUIL, LE CHANGEMENT

La croissance, et d’une façon générale l’évolution,sont constitutives de la vie de chacun et réclament des capacités d’adaptation. Les êtres humains ont d’ailleurs une capacité extraordinaire à s’adapter à l’environnement par « ajustement créateur » (terme Gestaltiste).

Lors des différentes étapes de notre vie, nous avons à franchir les « cycles » du changement. Le besoin de changement se fait sentir dès lors que les réponses données antérieurement ne sont plus adaptées aux besoins d’aujourd’hui.

En cette matière, la responsabilité de l’accompagnant professionnel est de faciliter le passage de certaines étapes de ces changements : en effet, La recherche de nouvellesadaptations se fait mieux si elle est entourée d’un cadre protecteur (comme par exemple le coaching)

LE CYCLE NORMAL DE CROISSANCE

cycle-normal-attachementLa croissance de la personne se fait toujours au travers d’un cycle, lui-même constitué autour de cinq étapes ou phases repérables que sont  l’attachement, puis ‚ le développement du lien après quoi s’ensuit l une rupture ou séparation, „d’un processus de deuil, qui, s’il est vécu correctement ouvre à … la phase de ré-attachement.

Attachement et liens

L’attachement peut se développer vis-à-vis d’une personne, d’un groupe, d’un lieu, d’un objet, d’une idéologie, d’un rêve, d’une croyance… Cette liste n’est pas limitative. Rappelons néanmoins que la force du lien d’attachement dépendra de trois caractéristiques :

  • L’intensité de l’investissement mis par la personne,
  • Les enjeux associés,
  • L’ancienneté (la durée) du lien.

C’est la vie qui nous amène à changer les liens, notamment pour poursuivre notre propre croissance. Il arrive aussi que ces liens nous soient littéralement « arrachés ». On parlera alors de rupture, laquelle va marquer le changement, va en constituer sa matérialité. Il y aura un avant et un après l’événement. L’événement rompt un équilibre, une stabilité, une routine. Cette rupture peut être subie ou choisie.

Types de rupture

L’expérience de l’accompagnant que je suis m’a permis d’identifier trois types de rupture :

  • Les ruptures agréables ou heureuses : c’est le cas lorsqu’une promotion demandée est acceptée, ou encore lors d’un changement de métier choisi et programmé dans le temps…
  • Les ruptures par démotivation : ce que faitla personne ne l’intéresse plus. Un signal classique est qu’elle n’éprouve plus aucune excitation à vivre ce qu’elle vit.
  • Les ruptures inattendues ou brutales : elles peuvent être agréables (on hérite d’un oncle d’Amérique) ou douloureuses (licenciement, faillite de l’entreprise, décès, etc.).

Il importe aussi de souligner qu’à la rupture matérielle s’adjoint une rupture psychologique qui n’est pas du même ordre. Si je suis licencié par mon entreprise, je me retrouve avec un chèque pour solde de tout compte et au chômage. La rupture est matérialisée par le chèque et le fait que je ne vais plus au travail. Simultanément, je suis susceptible de rester incrédule voire sidéré. Il s’agit là de la rupture psychologique et il me faudra un certain temps pour prendre conscience et accepter les conséquences de la rupture matérielle.

Le deuil ou la traversée des émotions liées à la rupture

Toute rupture va donc logiquement entraîner une succession d’émotions. Traverser puis résoudre ces émotions en les travaillant (la psychanalyse parle de perlaboration des émotions) s’appelle le processus de deuil.

Faire son deuil, c’est passer et repasser plusieurs fois par les étapes de ce processus jusqu’à ce que les émotions ne soient plus douloureuses. C’est ici que nous retrouvons les émotions dont parle Kübler Ross (parmi lesquelles la colère et la dépression ou tristesse). C’est seulement après perlaboration des émotions qu’il peut y avoir acceptation que ce qui est arrivé soit arrivé ! Cette acceptation porte sur deux niveaux :

  • Acceptation de ce qui est arrivé. C’est une acceptation de contenu.
  • Acceptation que ce soit arrivé. Elle porte sur le processuspropre à la vie.

Si le processus de deuil se vit comme faisant partie intégrante de la vie et que la personne dit oui à la vie, alors le ré-attachement est envisageable. Ce qui signe la fin du processus de deuil est précisément d’une part le retour du désir et d’autre part la capacité d’envisager l’avenir. Il est alors fréquent de constater que des possibles s’ouvrent pour la personne dans sa vie, en matière de vie professionnelle comme de vie personnelle.

LORSQUE LA RUPTURE N’EST PAS ACCEPTÉE

Le processus de deuil ne peut commencer que lorsque la personne accepte à la fois la rupture d’attachement et la reconnaissance (prise en compte) des émotions qui lui sont liées. Tant que la personne reste dans le déni de rupture d’attachement ou se durcit pour ne rien ressentir, le processus de deuil est bloqué. Or le déni peut durer un temps certain, selon les trois caractéristiques de la force du lien (dont nous avons parlés ci-dessus) !

Lorsque la rupture n’est pas acceptée, la personne rentre dans un état progressif d’isolement qui peut la conduire à une véritable coupure, un divorce vis à vis de soi-même. Il s’agit là potentiellement d’un véritable cercle vicieux. Pour ne pas ressentir la souffrance de la séparation, la personne se sépare d’elle-même, tout en cherchant désespérément cette partie dont elle s’est séparée. Elle vit alors dans un manque continuel parce qu’elle n’est pas en contact avec ses réels besoins. Au lieu de s’abandonner à la vie et au cycle de croissance, elle s’abandonne à son sentiment de solitude et d’isolement.

Ce divorce d’avec soi-même, pour ne pas ressentir la souffrance, induit quatre types de comportement : la violence (ou invalidation) contre soi-même ou contre les autres, la dépression, la maladie et enfin la toxicomanie. Dans tous les cas ces comportements sont tous l’expression d’une passivité dans la mesure où ils ne sont pas résolutoires de la problématique en présence, i.e. la séparation qu’il convient de dépasser. Les maladies peuvent être soit somatiques, soit psycho-somatiques ou encore noétiques, à savoir avec, à la clé,une perte de sens de l’existence.

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Sur ce dernier point, rappelons que Viktor Frankl s’est particulièrement penché sur les problématiques de maladies noétiques.

Le cycle de croissance est alors interrompu et la perlaboration des émotions propres à la rupture n’est pas ou mal faite. Ce qui conduit à l’impossibilité de mettre en œuvre un nouvel attachement, qui lui, permettrait à la personne de nourrir ses besoins réels. La palme d’or du festival de Cannes de 1966 décernée à Claude Lelouch pour le film « un homme, une femme » montre superbement cette logique d’impossibilité d’envisager un nouvel attachement affectif tant que le deuil du précédent (ou de l’être disparu en l’espèce) n’est pas fait. Or tout jugement moral sur les émotions propres au deuil de la part de la personne qui les traverse ou encore sur la lenteur de les perlaborer ne font que rallonger le processus lui-même, voire le rendre comme inaccessible.

Marie-Lise Labonté rappelle[1] que quand la personne divorce d’elle-même, elle va se maintenir en vie par des mécanismes de survie qui prennent racine de plus en plus profondément dans sa personnalité (et non sa source de vie intérieure) pour en devenirun processus d’identité. Le divorce intérieur entraine de multiples compensations. Le regard de cette autre partie souffrante de soi qui s’est séparée de soi se tourne alors vers l’extérieur. La douleur qui détruit ne sème plus la destruction seulement en soi mais aussi tout autour de soi, insidieusement. J’ai observé, dit-elle encore, que plus le divorce d’avec soi est grand, plus la recherche vers l’autre est grande. La personne crie au monde « sauvez-moi, soignez-moi, prenez en charge mon manque, sortez-moi de mon mal-être ! » Mais ce cri ne vient pas de l’amour de soi ni d’un désir de guérir de la rupture. Il vient d’un espace de destruction en soi ; par le fait même, ce cri porte la sonorité de morbidité, de haine, de déception, de culpabilité, de doute, de peur, de frustration et de violence.

DEUX MODÈLES DE TRAVERSÉE DU DEUIL…

Le contexte dans lequel Kübler Ross a mis au point son modèle de traversée du deuil en cinq étapes (déni, colère, marchandage, tristesse, acceptation) est celui de l’accompagnement des mourants. À son époque (décennie 60 et 70), il n’y avait rien encore de formaliser sur la question et les médecins hospitaliers se trouvaient parfois dépourvus face aux situations fatales qui faisaient partie de leur vie professionnelle. Ses travaux ont donc permis de faire un grand pas en avant.

La transposition de cette modélisation au contexte du changement a permis à nombre de théoriciens et praticiens (qu’ils soient thérapeutes, consultants du changement, spécialistes RH) de procéder à des modifications intéressantes. François Delivrépropose notamment des ajouts très pertinents que je me propose de retracer ici rapidement.

Tout d’abord, il passe du modèle en cinq étapes de Kübler Ross (qui mélange émotions et processus) à un modèle en huit étapes[2].

modele-kubler-ross

C’est lui qui explicite le fait que le deuil ne peut commencer que s’il y a rupture d’attachement. Si la personne ne reconnait pas l’attachement, elle peut passer complètement à côté du processus de deuil et se leurrer au point de divorcer de soi-même sans même s’en rendre compte. Mais c’est là un cas extrême. Il inclut dans le processus,

  • l’émotion de la peur ;
  • la démarche de pardon bien connue des processus spirituels de guérison du cœur et des souvenirs ;
  • ainsi que les notions de cadeau caché et de la sérénité (re)trouvée qui dépasse largement l’état d’acceptation de la rupture d’attachement
    En effet, au cœur de la sérénité, se trouve ce que j’appelle un « petit supplément d’âme », à savoir une capacité à envisager la vie avec plus de la hauteur et donc de vivre ses propres deuils avec plus d’auteur-ité. Autrement dit avec une responsabilité, une habilité et habileté à répondre et traverser ces multiples mutations que nous propose la vie et qui en sont constitutives.
  • Enfin, le processus de marchandage n’apparait pas en tant que tel parce qu’il traverse l’ensemble des cinq première étapes. Le propos de Delivré est simple : le marchandage vise essentiellement à rester dans une forme de déni. Ils sont toujours la manifestation d’un refus de bouger, de changer son cadre de référence. Ils donnent l’illusion à la personne de pouvoir, en marchandant la perte, éviter les sentiments désagréables qui suivent la rupture. Or cette illusion, tant qu’elle est maintenue, ne fait que retarder la rencontre inévitable avec de tels sentiments.

On repère assez vite les symptômes d’un blocage du processus de deuil. Tout d’abord, on constate que la personne n’avance plus et qu’elle va mettre en œuvre tout un système de résistance active et passive qui se manifestera par le déni émotionnel (« non, tout va bien, même pas mal »), la colère ou la protestation, mais surtout la peur qui sera exorcisée par la rationalisation, la mentalisation ce qui renforcera, in fine, le chagrin, la tristesse, la dépression, le désespoir.

Ce système de blocage est d’autant plus puissant qu’il masque en fait le message contraignant « sois fort » dont l’article précédent (celui de Bruno Curnier) faisait déjà état : L’expression des sentiments, des besoins et des envies est considéré comme une faiblesse.La personne ne se met pas au contact de ce qu’elle ressent. Elle est « forte » face à la situation. Elle fait tout pour ne pas « craquer ».

À ce message contraignant, on peut ajouter qu’après la rupture grave, il arrive que la personne se retrouve dans un tel vide, qu’elle ignore comment poursuivre son chemin. Elle se trouve dans l’impossibilité de rédiger les nouvelles pages de son scénario. Elle ne parvient pas à composer une nouvelle fin à sa propre histoire. Elle ne sait plus quoi faire de son temps, ni d’elle-même. Elle se trouve prise dans le paradoxe que même si elle sait que sa vie aura une fin, son inconscient lui, l’ignore. Il n’y a ni fin, ni mort à ce niveau de perception. Elle se sent morte dans la vie et toujours vivante au niveau de l’inconscient. Tout se passe comme dans le mythe de Philémon et Baucis :ce couple de vieillards avait accueilli les dieux déguisés en voyageurs épuisés. Or pour les récompenser de leur bonté, les dieux les rendirent éternels en les transformant en arbres, leurs branches entrelacées. Condamnés à vivre éternellement un amour qui ne peut se consommer. S’agit-il vraiment d’un cadeau, sinon d’un cadeau paradoxal ?!

LES FORMES CLASSIQUES DES MARCHANDAGES

F. Delivré rapporte quelques marchandages classiques (ou justification au blocage) lors de changements. La personne

  • Évoquera d’autres options : ah !si seulement… (c’est le fameux « que diable allait-il faire dans cette galère ! » d’Arpagon dans l’Avare de Molière)
  • Rechercherades responsables ou les erreurs commises. C’est une démarche rationnelle classique à laquelle l’approche systémique permet de répondre en amenant la personne à clarifier l’objectif devant plutôt que l’analyse des causes passées…
  • Instaurera le silence (on ne dira rien, tout restera secret). On dira d’ailleurs à cet égard que le silence fait un bruit épouvantable, tant il est marquépar l’inconfort !
  • Minimisera la perte, en réduira l’importance ou l’impact (le « même pas mal » déjà évoqué).
  • Prendra la fuite (le fameux « Courage fuyons » de Jean Rochefort dans le film du même titre).
  • Se surmènera dans l’hyperactivité (un grand classique des personnes travaillomanes !)
  • Dorera la statue du passé (« c’était tellement mieux avant ! »)
  • S’octroiera ou réclamera des compensations matérielles et physiques (il s’agit du fondement même des négociations de licenciement par exemple).
  • Trouvera des justifications ou explications métaphysiques ou religieuses (« c’est Dieu qui nous foudroie » comme le rappelle la chanson de France Gall « Quand le désert avance », ou encore « ce que Dieu a donné, il l’a repris », etc.)

En fait, la personne qui est en lutte avec ses propres processus de deuil ne s’autorise pas nécessairement à sortir de ses scénarii ni à se libérer du joug de ses injonctions. C’est la raison pour laquelle elle aura intérêt à être accompagnée dans cette étape de régénération (terminologie de Pamela Levin[3]) en recevant les permissions qui lui manquent.

RÔLE DU COACH : LE GUIDE RÉCONFORTANT

L’accompagnant veillera à :

  • Être présent auprès de son client/patient.
  • Faire prendre conscience à la personne de la finitude des choses, que le changement existe.
  • Permettre à la personne de traverser son deuil en exprimant ses émotions, son ressenti.
  • Vérifier qu’elle ne saute pas une étape.
  • Expliciter que dans ce qui s’achève, il y a les germes d’un renouvellement.
  • Proposer des rituels de deuil.

Les permissions utiles à proposer au client sont les suivantes :

  • Il est permis d’être ici avec ce que vous ressentez (colère, sentiment d’être perdu, abandonné, désemparé).
  • Il est permis de repasser par toutes les étapes précédentes avec le doute, la peur, la colère, le marchandage, la tristesse…
  • Il est permis d’écrire une suite à son histoire, de se projeter dans le futur…

Pour accompagner le deuil, le coach doit être en mesure de savoir :

  • Évaluer si ce que la personne a vécu est bloquant et en quoi.
  • Sentir, identifier et exprimer chacun des sentiments et émotions propres de l’humain.
  • Stimuler la personne à exprimer ce qu’elle ressent sans confusion, ni sauvetage.

Pour débloquer les processus de deuil dans le champ de l’entreprise (aussi bien en individuel qu’en collectif), il suffit souvent de :

  • Présenter les processus de deuil. L’apport de Delivré est exemplaire en la matière.
  • Donner la permission aux personnes d’exprimer leurs ressentis.
  • Être à côté des personnes concernées (présence bienveillante).

Dans le champ de la thérapie, nous pouvons signaler que :

  • Tant que l’émotionnel n’est pas libéré, il reste un lien de souffrance. Il convient alors de symboliser ce lien après avoir fait exprimer l’émotion, de le couper symboliquement en mettant en en place des rituels comme celui d’écrire une lettre à un défunt, à un patron parti, de la garder un certain temps puis de la brûler par exemple. L’intérêt et la fonction de ces rituels est de permettreà la personne de se désidentifier du lien de souffrance.
  • Traverser les émotions, c’est de l’alchimie : on ne les chasse pas, on ne les refoule pas, on les transmute (transformation de l’émotion par l’action, par le corps, non pas par lesseulespensée et mentalisation).
  • Lorsqu’il y a un conflit de loyauté (engagement que l’on ne peut pas rompre), il y a un travail à faire avec le patient en lui faisant dire au revoir à la personne avec laquelle elle a un lien de loyauté et lui faire accepter simultanément que la personne lui dise au revoir. Pour autant, si les deux personnes ne se laissent pas partir l’une l’autre, il n’y a pas de liberté pleinement retrouvée.

 

L’ACCOMPAGNEMENT DU DEUIL DANS LA PERSPECTIVE DE L’INSTITUT MAÏEUTIS

Je vais finir cet article par la description de la façon dont nous recommandons d’accompagner le deuil à l’institut maïeutis. Il ne s’agit pas de soustraire quoi que ce soit aux propos précédents mais d’ajouter quelques points auxquels nous sommes attachés.

Le premier point que je souhaite souligner encore une fois est que le processus de perlaboration des émotions dans le deuil ne débute que lorsqu’il y a reconnaissance de la rupture d’attachement. Deuxièmement le deuil consiste en la perlaboration des émotions douloureuses liées. Au cœur même du déni, il y a donc un risque important que la personne évite, comme en le sublimant, le processus dépressif incontournable causé par la rupture du lien. Elle tente de passer outre et de se retrouver de l’autre côté de la vallée du désespoir.

Le troisième point que m’a amené mon expérience, c’est qu’après la tristesse il y a souvent un double sentiment de culpabilité et de mélancolie qui s’installe. Culpabilité de n’avoir pas eu le temps de dire ce que l’on aurait voulu dire à la personne perdue ou de faire quelque chose qui aurait pu empêcher la rupture, de quelque nature qu’elle soit. La tentation est alors grande pour la personne de cultiver une certaine mélancolie qui est plus forte encore que la tristesse. C’est à ce moment-là que le divorce d’avec soi-même est susceptible d’advenir. Il convient donc d’être très vigilant.

Quatrième point : au-delà de cette mélancolie survient le vide, la vacuité,qui porte sur deux aspects : la perte du sens que la personne donne à la vie en général mais aussi et surtout la perte de direction à donner à sa propre vie. Les référents internes de la personne (figures d’autorité, de soins, valeurs, croyances, etc.) joueront alors le rôle de stabilisateur, pour peu que ces référents soient positifs et bien intégrés (et non pas de surface).

rupture-attachement

Cinquième point : j’ai aussi constaté que l’acceptation passait immanquablement par un recentrage de la personne aussi bien aux plans de sa pensée, de ses émotions qu’elle accepte et assume comme normales, mais aussi de son corps dans lequel se sont souvent enkystés les deuils mal digérés du passé. C’est là que les protocoles de traitement corporels sont très importants (par exemple ceux proposés par l’EmotionalFreedom Technique, ou technique de rééquilibrage émotionnel par de l’acupuncture manuelle)

Or c’est au cœur de ce recentrage qui peut advenir par la méditation, voire la prière que le pied touche « le fond de la piscine » et qu’un désir de vivre ressurgit. Une ré-alliance avec soi-même s’élabore qui se cristallise par un désir de vivre retrouvé. C’est là le sixième point.

Ce n’est que lorsque ce désir a pris quelques racines dans le quotidien de cette personne que le pardon peut véritablement prendre sa place. Il faut entendre par ce mot la notion du don d’un oui à la vie, un par-don. Il commence par soi, parce que la personne peut s’en vouloir longtemps de ne pas avoir dépassé plus rapidement voire d’avoir refusé ses émotions douloureuses. Il y a pardon à l’autre qui est aussi impliqué dans les processus de rupture, puis enfin vis-à-vis de la Vie. Certains l’appellent Dieu, mais il s’agit d’un processus éminemment psychologique plus que spirituel dans ce cas précis.

Septième point : le cadeau caché tel que formulé fréquemment, c’est la capacité à pouvoir refaire alliance avec les autres. Bien sûr la personne aura appris sur elle mais c’est le goût retrouvé de la vie qui est le véritable cadeau, voire même la capacité à s’en émerveiller. Comme s’il fallait avoir perdu quelque chose pour en connaître la valeur et du coup ne plus y être attaché ! Avant la rupture, l’attachement était souvent inconscient ou au mieux préconscient.Il devient alors possible pour la personne de construire une autre réalité, fondé sur de nouvelles prémisses, sur une compréhension plus intimes des cycles de vie.

Huitième point : l’observation de la vie montre à quel point elle se déploie au travers de cycles et d’alternance (par exemple le jour et la nuit, l’alternance des saisons, etc.). Pourquoi en serait-il autrement pour l’être humain ? Lorsque j’étais enfant, la lecture de l’épisode des disciples d’Emmaüs[4] dans l’Évangile de Saint Luc m’a beaucoup marqué puis adulte m’a vraiment interpelé. Le texte situe l’action le dimanche après la crucifixion du Christ qui s’était déroulé le vendredi. Deux disciples, vraisemblablement mari et femme, allaient vers Emmaüs à une journée de marche de Jérusalem, abattus, sans doute écrasés ou encore sidérés par l’événement dont ils avaient été les témoins impuissants. On imagine aisément leur besoin de parole pour mettre du sens mais aussi pour évacuer une forme de désespoir. Le texte signale qu’au cœur de cette conversation, voilà que le Christ vient faire route avec eux. Manifestement ils ne le reconnaissent pas, comme si leur cœur n’avait pas compris le sens de cette disparition brutale. Dans cette page d’Évangile, Jésus leur explique par le menu le mystère de la vie et ce qui Le concernait dans les Écritures et dont ils étaient familiers (diantre, j’aurais aimé bénéficier de cette exégèse-là !). J’aime à penser que cette relecture donne en fait à voir a posteriori (après la sidération et le désespoir causés par la mort ou la rupture d’attachement) que des signes avant-coureur d’un renouvellement de vie avaient été semés, voire qu’une promesse avait été faite à chacun.

Cette page m’a donc inspiré le fait de proposer à la personne qui a traversé le deuil et qui a commencé à se recentrer émotionnellement, corporellement, mentalement, voire spirituellement de rechercher dans les événements qui ont précédé la rupture d’attachement les prémisses voire la promesse d’un renouvellement de vie, d’une re-suscitation du désir de vie et de la vie tout court. Il s’agit là d’un acte unique qui va conduire à renforcer la confiance et l’espérance dans l’existence, autrement dit sa résilience. Or cette espérance repose à la fois sur une expérience de renouveau qu’a faite la personne mais aussi sur une compréhension plus profonde des processus de croissance, compréhension qu’elle a désormais acquise par son cheminement. C’est là un apport considérable pour la fortification intérieure de l’homme et pierre fondamentale pour demeurer dans l’alliance de vie plutôt que de sombrer à nouveau dans le divorce d’avec soi-même. C’est là que la douleur cesse véritablement de détruire mais qu’elle se mue en douleur qui guérit. Mystère qu’il convient sans doute de réinterroger régulièrement.

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Le rôle de l’accompagnant est alors d’être une main qui soutient véritablement l’être endeuillé et qui esquisse de concert une compréhension plus profonde du sens de la vie.

L’accompagnement maïeuticien vise donc :

  1. À conduire initialement une prise en compte de la rupture d’attachement, en amenant la personne à la reconnaître et à la qualifier ;
  2. Àdemeurer après de la personne, tout au long du marchandage en le repérant, puis en identifiant la mélancolie ;
  3. Àmanifester sa présence soutenante au cœur de la vacuité, en refusant la folie de l’absence de sens (névrose noétique) ;
  4. À cristalliser le coup de pied en le soulignant explicitement à la personne lorsqu’il advient afin d’en accélérer les bénéfices ;
  5. À veiller à ce que la personne se pardonne ;
  6. À fortifier son retour à la vie (contrer la culpabilité psychique) ;
  7. À conduire la relecture en cherchant ensemble les prémisses et promesses de revivance et de renouveau données avant la rupture d’attachement en vue de construire l’espérance pour les deuils futurs, qui seront incontournables ;
  8. À maintenir la personne dans l’alliance de vie en travaillant l’ontologie : L’Homme est en mouvement donc en mutation ;
  9. Enfin à Aider en continu à la construction du sens en vertu de la triade fondamentale de Frankl
    • La vie a un sens
    • La personne a un besoin de sens (direction / signification) inaliénable. S’il n’est pas reconnu, elle tombe en dépression
    • Chacun dispose d’une liberté de vouloir et du sens donné à sa propre vie.

Pour finir sur une note moins profonde et plus opérationnelle, remarquons que dans le processus de deuil :

  • Les étapes telles que décrites par les différents modèles ne sont pas linéaires, qu’il y a souvent des allerset retours de la personne qui vit le processus ;
  • Chaque étape a son utilité mais que certains ne les traversent pas toutes ;
  • Le critère qui nous permet de savoir si la personne « a fait son deuil », c’est qu’elle parvient à parler de l’objet d’attachement perdu sans en être affectée et que cela ne remet pas en cause sa motivation existentielle.

 

RÉFÉRENCES BIBLIOGRAPHIQUES

  • Le métier de coach, F Delivré, Edition d’organisation
  • Le déclic, Marie-Lise Labonté, Les Editions de l’Homme
  • La mort intime, Marie de Hennezel, RobvertLaffond
  • Petits deuil en entreprise, Jacques Antoine Malarewicz, Editions
  • Un merveilleux malheur, Boris Cyrulnik, Odile Jacob
  • Accueillir la mort, Elisabeth Kübler Ross, Pocket
  • La mort, dernière étape de la croissance, Elisabeth Kübler Ross, Pocket
  • Leçons de vie, Elisabeth Kübler Ross, Pocket
  • Il n’y a ni mort ni peur, ThichNhatHanh
  • Découvrir un sens à sa vie, Viktor Frankl, Les Editions de l’Homme
  • Nos raisons de vivre, Viktor Frankl, InterEditions
  • La guérison dessouvenirs, Dennis et Matthew Linn, DDB


[1] Le déclic, transformer la douleur qui détruit en douleur qui guérit, les Editions de l’Homme
[2] On retrouvera ces éléments dans son livre « Le métier de coach », Edition de l’organisation
[3] In « Les cycles de l’identité », InterEditions
[4] Chapitre 24, versets 13 à 35